Le silence des sentiers

La vie est dure. Ça n’a pas changé. Et ça ne changera pas.

Il y aura toujours des périodes de calme relatif, des périodes où ça ne va trop mal – des périodes où ça va même bien ! – qui dureront plus ou moins longtemps puis des moments où tout semble s’effondrer, des périodes de stress, de doute, d’épuisement, d’inquiétude, de colère ou de tristesse. Ça, non, ça ne changera pas.

Ce qui a changé c’est la façon dont je traverse les épreuves, la façon dont j’y fais face, la façon dont je réagis, dont je reste debout à la manière d’un arbre qui oscille dans la tempête mais qui, profondément enraciné, conscient de sa robustesse, attend sereinement le retour au calme.

Quand je regarde en arrière le chemin parcouru dans ma vie, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec les sentiers que je parcours quotidiennement, seul et en silence. Je suis parti de loin, très loin…

Vingt ans après, je suis toujours impressionné, quand je me retourne sur mes pas, en haut d’un sommet, après plusieurs heures d’ascension difficile, de constater l’immensité du chemin que moi, petit être minuscule au milieu de cette nature grandiose et de la Vie, j’ai accompli petit pas après petit pas.

Chaque petit effort, à première vue insignifiant pris séparément, me donne un pouvoir d’action sur ma vie, me permet de m’extraire de mon quotidien, de ralentir, de prendre du recul, de continuer à avancer, de creuser petit à petit jusqu’au plus profond des méandres de mon esprit et, paradoxalement, de prendre de la hauteur.

La marche quotidienne, la randonnée à la journée et la randonnée itinérante – qui n’est autre que le voyage à pied – sont depuis quelques années, une composante primordiale de mon cheminement intérieur vers une forme d’équilibre et, je l’espère, de sagesse et de bonheur.

Marcher de plus en plus régulièrement, de plus en plus loin, de plus en plus longtemps, repousser mes limites – aussi bien physiques que mentales – m’a amené à mettre en lumière des parts de moi-même dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence et, finalement, à retrouver un chemin sur lequel je m’étais égaré : celui qui me mène vers qui je suis.

Chaque pas dans la solitude et le silence des sentiers, en m’éloignant du brouhaha absurde et aliénant du monde moderne, me ramène à l’essentiel et me rapproche d’un sommet qui ressemble curieusement à l’idée que je me fais de la liberté…

Les pas ne font pas de bruit. Ils transforment.

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