Quand j’ai l’impression que ça ne sert à rien

Et puis il y a aussi les jours où j’ai l’impression que ça ne sert à rien. Ces jours où je ne sais même plus pourquoi je marche. Ces jours où, même en marchant, je n’arrive pas à faire un deuil, où je ressasse, où je rumine encore une tristesse, une colère… Ces jours où je n’arrive pas à penser à autre chose.

Et pourtant, je continue. Au fond de moi, je sais qu’il ne faut pas lâcher. Même quand c’est difficile – surtout quand c’est difficile… ! Je sais, par expérience, qu’il faut que je continue. Faire bouger mon corps, me mettre en mouvement comme ce matin : une marche d’une heure et demie dans le froid avec un peu de dénivelé. Mon corps produit quelques hormones (endorphines, dopamine ?) qui m’apaisent un peu malgré tout. La nature est bien faite et marcher est préférable à fumer ou boire. Les épreuves de la vie n’ont pas changé. Je n’ai pas vraiment de pouvoir sur elles. Par contre, je peux agir sur ma façon de les affronter.

Avant, j’avais recours au tabac et parfois à l’alcool. J’avais l’impression que ça me permettait de tenir. Bien sûr, cela me procurait un apaisement temporaire (jusqu’à la prochaine cigarette … cinq minutes après) avec les inconvénients que tout le monde connaît.

Aujourd’hui, c’est en moi que je trouve les ressources. Je ne vais plus les chercher à l’extérieur.

Cela ne s’est pas fait en cinq minutes. C’est un processus de transformation plus ou moins lent mais je suis profondément convaincu que nous avons tous en nous cette capacité à reprendre une forme de pouvoir sur notre vie. La marche est un moyen d’y parvenir même si le chemin est parfois long.

En écrivant ces lignes, je me rappelle la tête que je faisais quand on me tenait ce genre de discours, il y a 25 ans alors que j’étais au fond du trou. À cette époque, me lever le matin et mettre un pied devant l’autre représentait pour moi un effort surhumain. Autant dire que je sais de quoi je parle et que je ne que porte de jugement sur personne .

Un jour, un psy m’a fait cadeau d’une de ses phrases favorites : « Il ne faut jamais désespérer de personne ; surtout pas de soi-même ». J’ai mis du temps à l’intégrer mais c’est peut-être pour ça que je marche tous les jours maintenant.

Alors, même quand la vie est dure – parce que pour pouvoir expérimenter le bonheur, il faut aussi avoir connu le malheur – je ne baisse plus les bras. Je continue à avancer, je remonte la pente, en marchant …

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