La difficulté à partir

Partir, c’est passer brusquement d’un monde à l’autre. Au moment où j’enfile mon sac à dos et où je ferme la porte de chez moi, je passe soudainement de la routine du quotidien à une parenthèse hors du temps. Il se produit une sorte de volte-face, comme si le moment était venu d’observer ma vie depuis un autre point de vue. À cet instant, j’abandonne tout : les gestes inconscients du quotidiens, mes habitudes. Et je passe à autre chose. Mais cela se fait en quelques secondes.

Les instants qui précèdent sont souvent chargés d’émotions. Il y a la joie du départ que procure la perspective de se retrouver enfin coupé du monde, de pouvoir mettre mon cerveau sur pause mais aussi les inquiétudes. « Qu’est-ce que j’oublie ? » , « Est-ce que j’emporte assez ou trop de nourriture ? », « Est-ce que mon sac va être trop lourd ? », « Et si il pleut, s’il fait froid, est-ce que je serai suffisamment équipé ? ».

Et parfois, c’est carrément « Est-ce que j’y vais ? ».

Partir demande de lâcher prise. C’est aller vers l’inconnu. La maison est confortable et rassurante. La vie y est prévisible. Dehors il y a plein de paramètres qu’on ne maîtrise pas : la météo, les points de ravitaillement en eau et en nourriture, la fatigue, les rencontres, etc.

Quand je pars, je ne sais pas où je vais dormir le soir. Comme beaucoup de gens, je n’y ai pas été habitué. J’ai plutôt été conditionné à rechercher la sécurité, voire l’excès de sécurité. En réalité, quand on prend quelques précautions élémentaires, il y a très peu de danger à dormir dehors. On confond souvent risque et danger.

Qu’est-ce que je risque si je pars, alors qu’on annonce d’éventuelles averses ? Dans le pire des cas, je risque de passer une nuit sous la pluie dans une tente dont l’étanchéité laisse à désirer. Ça m’est déjà arrivé. Mais si je suis là à en parler c’est qu’il n’y avait pas de réel danger. C’est inconfortable, certes, mais devrais-je à cause de cela regretter d’avoir fait un périple de treize jours en solitaire dans la montagne ardéchoise ?

J’accepte donc, tout en prenant quelques précautions, de lâcher prise. J’accepte l’incertitude avec confiance. Ne pas savoir où je vais, mais y aller quand même.

Le premier pas étant, c’est bien connu, le plus difficile…

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