Premier trek en solitaire
C’est donc en septembre cette année-là que je repartis pour deux semaines dans les Pyrénées. J’avais gardé contact avec mes voisins de l’époque où je travaillais dans les vergers. Stéphane travaillait dans une réserve naturelle et était féru de randonnée. Il avait fait le GR10 en courant ! Je passai un jour ou deux chez eux. Il me conseilla un parcours pour un trek de trois jours, facile, avec deux nuits en refuge. Il me prêta une carte IGN et je partis un matin.
Le premier refuge était facile à trouver et j’y arrivai tôt après une ascension tranquille de deux ou trois heures dans une vallée qui remontait le long d’un ruisseau. C’était un refuge en pierre, plutôt grand et confortable. Une vraie cabane de montagne bien équipée avec une grande table en bois, des bancs et quelques couches en bois également. Une cheminée aussi, bien sûr.
Je profitai de l’après-midi pour explorer la zone au-dessus du refuge. C’était une sorte de plateau où il y avait pas mal de vent ce jour-là. C’était ma première nuit en solitaire dans la montagne. Enfin, pas vraiment en solitaire puisque j’étais avec mon chien. Je dois bien avouer qu’il me rassurait et que j’en avais besoin.
Je me rappelle m’être préparé un repas chaud. Stéphane avait dû me prêter son réchaud. Le plat, je ne me rappelle plus exactement mais c’était certainement un « couscous royal » ou un « poulet au curry » lyophilisé. À l’époque, je ne regardais pas trop à la dépense, ni à la qualité…
Après une bonne nuit de sommeil et un bon café – lyophilisé lui aussi – je repartis pour la suite de l’aventure. J’avais dormi à un peu moins de 2000 mètres d’altitude et le sentier continuait à grimper. Au bout d’encore deux ou trois heures de marche, j’arrivai en haut, à la frontière entre la France et l’Espagne, à 2400 et quelques mètres. C’était un paysage rocailleux. Il n’y avait plus de végétation à cette altitude. En face de moi, une belle montagne trônait comme un triangle équilatéral, dans les tons jaunes et gris. J’en avait fait une belle photo que j’avais faite agrandir et que j’ai gardée longtemps avant de finir par la perdre. Elle restera dans mon souvenir.
Stéphane m’avait prévenu. « Attention, le refuge, il faut pas le louper. Il est un peu caché ». Il était pourtant indiqué sur la carte mais je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma tête ce jour là. Lire une carte en théorie c’est facile. Mais moi, j’ai toujours un problème d’échelle et il m’arrive souvent de me tromper. Quoi qu’il en soit, ce jour-là, j’ai marché pendant plusieurs heures en pensant que j’allais bientôt trouver le refuge. Au bout d’un moment, il m’a bien fallu admettre que j’étais allé trop loin. Je ne savais plus trop où j’étais. Ça ne m’inquiétait pas plus que ça, je n’étais pas « perdu » mais, enfin, je ne savais plus où j’étais. Et puis, je me suis rendu compte que, pour couronner le tout, j’avais d’énormes ampoules aux pieds ! Il fallait être réaliste, l’heure ayant tourné, je n’allais pas faire demi-tour et continuer à chercher le refuge. Heureusement, si je ne suis pas doué pour lire une carte, j’ai un bon sens de l’orientation et je savais dans quelle direction était le village même s’il était à présent caché derrière la montagne. Nous étions en septembre et je n’avais pas vraiment envie de passer la nuit à la belle étoile à 2400 mètres d’altitude. Eh oui ! Puisque j’étais censé passer les deux nuits dans des refuges, je n’avais pas emporté de tente… Je décidai donc de redescendre vers le village d’où j’étais parti. Mais, pour ça, je devais redescendre et remonter encore avant de parvenir sur le bon versant. Vu d’en haut c’était impressionnant. Il y avait un bon dénivelé mais je n’avais pas le choix.
Je ne sais pas à quelle heure j’ai arrêté de marcher ce jour-là. Tout ce que je sais, c’est que j’ai fini à la tombée de la nuit, à la frontale avant de décider de m’écrouler pour dormir au milieu d’un sentier. Je n’étais plus très loin du village mais j’étais redescendu à environ 1800 mètres et je me disais que ça irait bien pour aujourd’hui. En effet, je venais de faire ma première journée de douze heures de marche. Avant de partir, Stéphane m’avait expliqué ce qu’étaient les endorphines. À l’époque, je ne connaissais pas, je savais pas ce que c’était. Il m’avait dit « tu verras ». J’avais vu… !