Sur la corde raide… j’écris et je marche.
Ce matin, je suis tombé sur une vidéo d’une jeune femme récemment devenue SDF. Elle expliquait qu’elle comprenait mieux certaines choses depuis qu’elle l’était elle aussi. Elle demandait aux gens de ne pas juger les SDF qui demandent de l’argent pour aller s’acheter des cigarettes, de la bière ou autre chose. Elle comprenait maintenant qu’elle faisait partie de ce monde – certainement difficile à imaginer tant qu’on en fait pas partie – que les gens avaient besoin de ces substances pour « souffler un peu », pour que le cerveau déconnecte de la souffrance.
Elle semblait avoir les idées claires mais expliquait que si elle ne touchait ni à l’alcool ni aux drogues, ce qui la soulageait c’était la malbouffe, se payer un burger dans un fast-food. C’est bien là le principe de toute addiction quelle qu’elle soit : soulager – au moins temporairement – une souffrance et ainsi mettre le cerveau sur « pause ».
Boire des bières (et fumer des clopes) c’était aussi ce qui me permettait à moi, avant de me mettre à marcher régulièrement, de m’apaiser, de supporter mes angoisses.
Regarder ce témoignage m’a amené à me poser la question suivante : comment réagirais-je si je devenais SDF ? La question se pose d’ailleurs sérieusement car ma situation est plutôt précaire et ça pourrait bien basculer à tout moment.
Pas facile quand on a des enfants, dont des ados à l’internat et qu’il faut transporter et des trajets réguliers à faire pour les amener chez la mère dont on est séparé, de vivre sans voiture. Pas facile, d’avoir une voiture non plus quand on vit uniquement avec des prestations sociales. Heureusement que j’avais commencé à économiser un peu en prévision du remplacement de ma vieille 406 essence (avec laquelle je roulais à l’éthanol) car elle m’a baissé tomber subitement. Je me doutais qu’elle ne passerait pas le contrôle technique mais pas qu’elle me lâcherait deux mois avant !
J’ai réussi, tant bien que mal et avec beaucoup de chance et en raclant bien tous les fonds de tiroir, à lui trouver une remplaçante. Un diesel … C’est à ce moment là que j’ai découvert le prix du gasoil : 2, 22 € !!! Je n’ai plus un sou de côté, je n’ai pas encore fait la carte grise et j’ai dû contracter une petite dette… Autant dire que la situation devient de plus en plus tendue et que ma vie peut basculer à tout moment.
Est-ce que, si je devenais SDF moi aussi, la pratique de la marche suffirait à me permettre de garder la tête hors de l’eau ? Je l’espère mais je me pose tout de même la question. L’avenir est plus qu’inquiétant. Avec l’augmentation du carburant, les denrées alimentaires vont continuer d’augmenter aussi. Le monde me stresse de plus en plus. Je continue à marcher tous les jours, à prévoir des voyages à pied pour les vacances mais l’avenir et de plus en plus angoissant. Est-ce bien raisonnable, dans ces conditions, de continuer l’écriture de mon livre ? Ne ferais-je pas mieux de chercher à gagner un peu d’argent ? Est-ce que j’y crois encore ? Est-ce que la marche et l’écriture une permettront d’échapper à cette situation ?
Tant de questions pour l’instant sans réponse …
Alors que faire ? Travailler ? Dans quoi ? Les salariés non plus n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Et je n’ai pas travaillé de puis 20 ans, je ne supporte pas l’autorité…
Monter une boîte ? Dans la situation actuelle, alors que tous les entrepreneurs se plaignent et que beaucoup mettent la clé sous la porte. Non, vraiment je ne vois pas. Alors je lutte, au jour le jour, pour mes enfants. Je marche pour garder le cap, pour me détendre, pour rester lucide, pour trouver des solutions.
J’écris pour témoigner. Parce que ça m’apaise aussi.