La marche comme thérapie,  Prise de décision

Le premier pas…

L’année scolaire se termine. De main soir, mes filles seront chez leur mère. Pour ma dent, mon dentiste propose une solution. La couronne provisoire devrait tenir le temps de mon voyage. Rendez-vous est pris pour la pose de la définitive au retour. Le moment tant attendu approche. Attendu mais redouté aussi. Je devrais être heureux mais c’est une petite tristesse qui s’est emparée de moi ces derniers jours. C’est souvent comme ça dans ces moments de transitions, ces moments où, tout d’un coup, je me retrouve seul. J’ai l’habitude de partir mais, cette fois-ci, j’ai placé la barre plus haut que d’habitude. En général, je pars de chez moi. L’organisation est simple et en cas de pépin, je suis à côté. Cette fois, je vais loin et en haute-montagne. Dans les Alpes, c’est ce qui semble se dessiner. J’avais tenté le GR 10, dans les Pyrénées, il y a une vingtaine d’années et j’avais abandonné au bout de trois jours. Comme l’avait prévu mon père. Comme pour lui donner raison, aussi…

Aujourd’hui il n’est plus là. Par contre mes enfants, même s’ils feignent de ne pas s’intéresser à mes randonnées , m’observent du coin de l’œil. Et si les chemins que j’emprunte pouvaient ouvrir la voie à des possibles dans leur imaginaire, je crois que j’aurais accompli une part essentielle de mon rôle paternel.

Plus ou moins consciemment, les images de cet échec d’il y a vingt ans me reviennent ces jours-ci. Le doute s’empare de moi. Comme avant chaque départ. Mais plus intensément cette fois-ci. Ma dent aurait été un prétexte idéal pour renoncer, une excuse parfaite pour entrecouper mon seul mois sans enfants de l’année et m’obliger à raccourcir mon voyage. Mais, je n’ai pas lâché. Car si le doute s’empare de moi, la détermination est bien présente elle aussi. Les deux cohabitent. Il y a comme une lutte fratricide à l’intérieur de moi. Je connais l’appréhension du départ maintenant. Mais je connais aussi la satisfaction qui vient ensuite de l’avoir dépassée et d’avoir franchi de nouvelles limites, d’avoir réalisé l’ « impossible », ce dont je ne me croyais pas capable. Alors, j’ai visualisé la solution, comme si elle était déjà là, comme si c’était la seule possibilité. Et mon dentiste a fait le reste. Il l’a trouvée. Il est là, en soutien, pleinement à sa place, comme un vrai partenaire. Il faudra que je trouve un moyen de le remercier comme il le mérite au retour.

Pour l’instant, rien n’est décidé. Ni la destination (Pyrénées, Alpes ?), ni le jour exact du départ. J’ai l’impression de ne pas être prêt mais je sais maintenant que c’est le coup classique. Alors, comme d’habitude, ça va se décider au dernier moment : un billet de train ou un covoiturage et en avant ! Car le plus difficile est toujours le premier pas…

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