Difficile départ
Mes chaussures sont arrivées hier. Comme mentionné dans l’annonce, elles sont presque neuves. « Utilisées une seule fois pour une randonnée ». À moins de 50 euros, c’est une bonne affaire. Je les ai essayé sur une marche d’une heure et elles sont très confortables. Ça me change de mes Quechua habituelles. On est clairement sur une autre gamme. Ce week-end, je les essaierai tout de même sur une vraie rando car il ne faudrait pas qu’elles me réservent la même surprise que les dernières et je ne peux pas me permettre de faire les Pyrénées en sandales !
En attendant mieux, j’ai recousu mon pantalon de randonnée. Il a bien vécu mais peut encore servir. J’ai un budget très serré mais j’ai décidé que ce n’est pas ça qui remettra en cause mon projet. Aussi, je réduis les coûts dès que je peux et me concentre sur ce qui est vraiment important. Avoir un bon sac et de bonnes chaussures, c’est important et c’est déjà réglé. Pour bien faire, il me faudrait de nouvelles sandales car j’aime bien pourvoir changer de chaussures et marcher en sandales sur les parties faciles pour soulager mes pieds. Au pire, je devrais pouvoir en acheter une paire neuve.
Bientôt les vacances scolaires. Dans une semaine mes enfants seront avec leur mère. Je serai seul pour un mois. Finalement, j’hésite entre les Alpes et les Pyrénées. J’ai repéré le GR5 (Grande Traversée des Alpes) qui passe dans des coins qui m’attirent : le Beaufortin que je connais déjà et le Queyras où une amie, paix à son âme, aimait tant faire de la randonnée. Comme si tout ce qu’il me restait à faire ne suffisait pas, la santé s’en mêle. Rien de grave a priori : ma dent dévitalisée en début de semaine s’est fendue trois jours après. Je ne peux plus mâcher. J’étais censé partir dans une semaine, j’espère trouver un dentiste qui pourra régler ce problème dans les temps. Pas facile par les temps qui courent dans notre beau pays en voie de sous-développement !
C’est souvent comme ça avant les départs. Plein de choses te tombent dessus pour te tirer vers le bas. Peut-être pour tester ta force mentale, ta capacité à affronter les épreuves et à t’adapter pour aller de l’avant coûte que coûte et réaliser ton projet. Même quand ça te fait peur… Partir un mois en solitaire en haute montagne. Bien sûr que j’appréhende un peu. Mais je vais le faire. Il faut que je le fasse. La vie me lance un défi. La vie m’appelle !
Ce ne sera pas parfait. Rien ne se passera comme prévu. Je n’aurai pas suffisamment d’argent pour me procurer tout le matériel souhaitable. Alors il me faudra me contenter de ce que j’ai déjà et improviser des solutions. À trop attendre la perfection, on finit par ne rien entreprendre. Se lancer malgré les difficultés, c’est ça qui fait un exploit.
J’ai besoin de vivre cette expérience. Je veux aller au bout de cette ascension en moi-même que j’ai entreprise il y a des années. Je veux le faire comme on réalise un chef-d’œuvre. Je veux en témoigner pour laisser une trace de mon passage sur cette Terre.