Écriture & Poésie,  Liberté

Pas à pas vers l’écriture

Écrivain… C’est vrai que dit comme ça, ça en jette. « Ça en jette, putain ! » pourrais-je même écrire. Parce qu’un écrivain, un vrai, c’est un homme libre. Pas quelqu’un qui écrit pour plaire. Mon style, n’est pas là pour plaire. Et encore moins à tout le monde. J’assume. C’est justement ce qui me rend libre. Entre autres… Toi, lecteur, tu es libre aussi. De refermer mon livre, d’en lire un autre, d’en écrire un, d’aller à la pêche et même – pourquoi pas, après tout – de t’avachir devant la télé…

Écrivain, je m’autorise finalement à le concevoir. Comme si j’avais fait tomber une barrière. Comme si ma liberté n’avait plus de limite. Aurais-je, finalement, besoin d’une quelconque autorisation pour me considérer écrivain ?

C’est particulier comme métier. Du genre qui ne s’apprend pas à l’école. C’est pas un truc qui rentre dans les cases. Il n’y a pas de diplôme pour ça. Pendant toute ta scolarité, on te fait étudier les « grands » écrivains. Ça commence, dès l’école primaire, avec les pires : les poètes (« des assoiffés d’azur, des poètes, des fous1»), ceux qui n’ont pas eu une vie bien rangée, ceux qui ont désobéi. Ceux qui se sentaient à l’étroit dans le cadre et l’ont fait voler en éclats2. Mais, très tôt, on te rabâche que toi tu dois être sérieux et sage, te mettre en rang, obéir et travailler (« Le travail rend libre », comme disait l’autre …)

Le message est clair : faut pas rêver ! (Arrête de rêvasser !)

L’école encense les écrivains – souvent les plus chiants ! – et te fait comprendre que c’est un métier à part. Un métier pour lequel il faut du talent. Un métier qui n’est pas fait pour toi. Mieux vaut te faire à l’idée. Alors contente toi de « bien travailler » pour avoir un diplôme. « Le travail rend libre3« . Surtout n’oublie pas.

Écrire, c’est se libérer. C’est s’autoriser à vivre en rêve. À rêver sa vie. Ce n’est pas sérieux comme projet – va dire à quelqu’un, un prof par exemple, « je veux devenir écrivain » et on en reparle…

Moi, je dirais plutôt que ça m’est tombé dessus.

J’ai passé une dizaine d’années en Afrique. J’avais la trentaine. Je ne travaillais pas. Parfois, je devais remplir des formulaires administratifs. Quand j’écrivais « sans profession », les fonctionnaires ne comprenaient pas. Ils me disaient « sans profession, ça n’existe pas. Il faut mettre quelque chose ». Alors, bien qu’ayant passé l’âge, j’avais pris l’habitude de mettre « étudiant ». Un jour, à un poste frontière, un policier me posa une fois de plus la question. Je répondis, comme d’habitude, « étudiant ». « Quoi ? Écrivain ? » me demanda-t-il. « Oui, oui » le laissai-je dire. Et il le nota sur sa fiche. C’est ce jour-là, je crois, que secrètement, inconsciemment, je m’autorisai, pour la première fois mais sans y prêter véritablement attention, à entrevoir cette hypothèse comme faisant partie du champ des possibles. Au cours de la décennie suivante, jamais je n’y repensai sérieusement.

Comme pour boucler la boucle, c’est l’école, des années plus tard, qui m’a permis de me faire à l’idée qu’écrire pourrait être une activité qui aurait du sens pour moi. En tant que père, j’ai eu à constater beaucoup d’incohérences et de contradictions entre les beaux discours et la réalité de l’Éducation nationale. J’ai écrit pour exercer mes droits, demander des comptes, contester, dénoncer, déposer des plaintes. Puis, j’ai écrit pour témoigner. C’est grâce à l’école, donc, que j’ai réalisé que, finalement, j’étais capable d’écrire un livre. Qui plus est un livre susceptible d’intéresser un certain public même si, finalement, je décidai de ne pas chercher à le publier4.

Depuis longtemps, j’avais envie de témoigner sur mon parcours. Du fin fond de la dépression au sommet de la liberté… Jusqu’à présent je n’envisageais pas d’aller au bout de cette entreprise. Je me sentais encore trop loin du but.

Aujourd’hui, je ne sais pas si le sommet est atteint. Ni si je l’atteindrai un jour… (La liberté est-elle le but ou le chemin ?) Mais, à l’heure où je m’apprête à partir pour un grand voyage à pied qui devrait durer un mois, je me dis que j’ai suffisamment cheminé pour commencer à laisser une trace écrite…

Notes :

  1. Oiseaux de passage – Jean Richepin ↩︎
  2. Quoique les poèmes qu’on apprend à l’école ont souvent vocation à marteler l’idée que l’école c’est génial (les souvenirs de rentrée, la bonne odeur du cuir du cartable, et tutti quanti…)
    ↩︎
  3. Je n’arrive plus à me souvenir de qui disait ça, un allemand je crois… ↩︎
  4. Il faudrait que je fasse un billet sur la liberté d’expression au Macronistan mais ce n’est pas l’objet de ce blog. ↩︎

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